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Regroupe les anciens combattants de toutes les générations et les anciens des missions extérieures ,défense des droits et intérêts moraux sociaux ,attribution de la médaille d'honneur des "TRN"

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Témoignage d'un ancien Déporté

 Témoignage de Marcel Lanoiselée , Ancien résistant déporté au camp d'Ohrdruf

Le réseau Franc-Tireur, créé à Lyon, avait commencé à essaimer dans la région roan-naise début 1942. En août, je fus contacté par des responsables locaux; mes convictions person-nelles et l'influence de mon père, ancien officier de la guerre de 1914-1918, me poussèrent à m'engager à leurs côtés. Après l'occupation de la « zone libre », en novembre 1942, la Wehrmacht, la Gestapo et une filiale de la société métallurgique allemande Rheinmetall-Borsig s'ins-tallèrent à Roanne. Je travaillais à l'Atelier de construction, énorme arsenal de production de canons et d'obus. Cet établissement fut occupé par la firme allemande Rheinmetall qui fit remettre en marche par une firme française, la Sagem, les chaînes de fabrication. Les instructions de fabrication, en allemand, nécessitaient un traduc-teur. Parlant couramment cette lan-gue, je fus sollicité pour faire la liaison entre la direction française et la direction allemande. La société Sagem me confia en outre la res-ponsabilité de recruter du person-nel. J'en profitai pour constituer, avec des personnels nouvellement embauchés, une sous-section du groupe Franc-Tireur.
En 1943, plusieurs rafles démanté-lèrent le réseau marinais, et l'une de mes recrues travaillant à la Sagem fut arrêtée. Je poursuivais mes acti-vités mais, le 10 décembre 1943, la Gestapo m'arrêta. D'abord conduit à Saint-Etienne à la prison Grouchy, torturé à l'hôtel Terminus près de la gare de Châteaucreux, je fus trans-féré à la prison militaire de Montluc à Lyon, « interrogé » plusieurs fois à l'École de Santé militaire, avant d'être envoyé au Front Stalag 122 à Compiègne. Accusé d'être un « ter-roriste », je fus déporté au camp de Buchenwald le 29 janvier 1944, dans le convoi baptisé « écume de mer », et immatriculé 44 368.
En arrivant au camp, je fus mis en quarantaine dans le block 48. Après un passage dans le « petit camp » où les situations de vie étaient indes-
criptibles tant elles paraissaient inhumaines, je fus désigné pour aller dans le « grand camp » au block 39 où « logeaient » des détenus à majorité allemande ayant des res-ponsabilités importantes dans la gestion de cet univers concentra-tionnaire. Ce fut pour moi l'occa-sion de connaître de l'intérieur l'histoire de ce camp, la façon dont il était géré, les luttes d'influences qui s'y déroulaient... J'appris aussi comment il fallait se comporter dans différentes situations, gros avantage sur la majorité des Fran-çais qui, ne comprenant pas les or-dres immédiatement, en subissaient parfois durement les conséquences. Désigné pour un kommando qui venait d'être créé dans l'ensemble d'usines situé à l'extérieur du camp, j'allais connaître le travail sous le contrôle incessant des SS. Mais ici, j'avais l'avantage d'être à l'abri des intempéries.
Le 24 août 1944, un bombardement détruisit la quasi-totalité des usines. La main-d'oeuvre fut alors envoyée dans différents kommandos exté-rieurs. Celui d'Ohrdruf venait de se créer, dans les monts de Thuringe, au sud-ouest de Weimar ; c'est là que je fus expédié. Ohrdruf, au début, comportait deux camps - Nord-lager et Süd-lager - où 1 500 détenus au total commencèrent les travaux de préparation pour le creu-sement de tunnels.
Il fallait parcourir 14 km à pied par un chemin de terre pour se rendre sur le chantier de Jonastal et reve-nir après 10 heures de travail.
chaque soir, nous ramenions les corps de près de 100 camarades morts sous les coups, morts de fati-gue, d'épuisement, tant le rythme de travail était exténuant. En un mois, Ohrdruf allait dépasser la sinistre réputation de Dora. Comment décrire l'indescriptible? Il n'y a parfois pas de mots pour tra-duire ce que l'on voit: le détenu qui a la tête fendue d'un coup de pelle, celui qui est écrasé par une roche ou encore celui qui s'écroule, mort d'épuisement.
Debout à 3 h 30, nous subissions l'appel; puis on nous donnait 150 gr de « pain », une tasse d'un liquide au goût indéfinissable, et on partait au chantier. L'équipe de jour croisait celle de nuit qui « traînait » aussi ses morts. La mortalité était telle qu'il fallait amener 1500 détenus tous les 15 jours, parmi lesquels se trou-vaient de nombreux déportés juifs et tziganes évacués des camps de l'Est: cadavres ambulants, leur sur-vie n'était que de quelques jours.
Les morts étaient entreposés dans le Nord-lager puis envoyés au cré-matoire de Buchenwald. Mais l'ab-sence de moyens de transport en-traîna la création, à proximité du camp, de fosses communes, les char-niers. Je fus affecté à ce kommando. Une tâche inqualifiable! Mais, le fait d'être en plein air et loin de l'air toxique des tunnels m'a sans doute sauvé d'une mort certaine.
Devant la pression des armées amé-ricaines, les camps furent évacués les 5, 6 et 7 avril 1945. Débutèrent alors les terrifiantes marches de la mort. Ohrdruf fut le premier camp libéré par les Américains, qui firent connaî-tre au monde entier ce que l'on nom-mait « un camp et un kommando de concentration ». Quand je suis rentré le 2 mai 1945, je pesais 47 kilos.
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